go_up

05


NOVEMBRE

Raphaël Ibanez : La Spécificité de cette équipe ? Elle sort de l'ordinaire...
PAR Les Barbarians

Le 05 Novembre 2016

Crédit photo : Rugbyrama, Icon Sport.


Raphaël Ibanez vivra sa grande première avec les Barbarians Français face à l'Australie, à Bordeaux, dans son jardin de Chaban-Delmas, aux côtés de l'entraîneur rochelais Xavier Garbajosa. A trois semaines de l'échéance, il nous confie sa hâte d'y être...


Raphaël Ibanez : " La Spécificité de cette équipe ? Elle sort de l'ordinaire... "


Comment avez-vous accueilli la nouvelle de votre nomination en tant qu’entraîneur des Barbarians ?


Je l’ai reçue avec grand honneur. Dans mon parcours de joueur je n’ai jamais eu la chance de porter le maillot des Barbarians français. Sans doute parce que j’étais souvent impliqué dans d’autres campagnes internationales avec l’équipe de France, mais je sais que cela compte dans le parcours d’un joueur de connaître cet honneur-là. Lorsque j’ai été informé par les dirigeants des Barbarians qu’ils avaient pensé à moi, j’ai ressenti beaucoup d’émotion et de plaisir à l’idée de guider cette équipe pour le match à Bordeaux face à l’Australie.


Diriez-vous que cette absence de sélections manque à votre carrière ?


Ce maillot a une telle histoire… Il faut savoir donner un sens à son parcours sportif. Et donner un sens à sa carrière, c’est aussi être impliqué dans des aventures humaines qui sortent de l’ordinaire. Et pour moi, c’est vraiment la spécificité de cette équipe : elle sort de l’ordinaire. Elle amène toujours un côté exceptionnel. Pour le symbole, oui, cela manque à ma carrière. Mais je n’ai pas de regrets, car en accompagnant modestement les joueurs lors de ce prochain rendez-vous, je vais enfin vivre ce bonheur-là.


Avec Xavier Garbajosa, lui aussi nominé en tant qu’entraîneur, quels rapports entretenez-vous ?


Avec Xavier, nous avons joué de grands matchs internationaux ensemble. La coupe du monde de 1999 reste un moment fort de nos parcours. J’ai aussi été son capitaine. Je pense que le fait que les dirigeants des Barbarians, Denis Charvet et Thomas Lombard, aient pensé à Xavier est un symbole fort qui vient récompenser le parcours actuel formidable du club de La Rochelle. Les Rochelais se distinguent depuis quelques mois par un jeu de trois-quart incisif et inspiré. Et on reconnaît à travers ce jeu-là la patte de Xavier qui était sur le terrain, un joueur qui vivait tout avec beaucoup d’intensité. Dès sa nomination, nous avons rapidement commencé à parler du match et à l’envisager ensemble.


Si vous deviez donner une définition des Barbarians, quelle serait-elle?


Vous n’avez pas un slogan sur votre site internet ? (Rires) Blague à part, pour moi, les Barbarians, ce sont des matchs pour l’histoire. Des matchs qui sortent du cadre, qui emmènent les joueurs à vivre des aventures extraordinaires dont ils vont se souvenir longtemps après leur fin de carrière. Il y a une symbolique très forte liée au sens du partage sur un rendez-vous annuel, arriver à faire don de soi. Le don de soi pour le maillot des Baabaas. Il faut savoir qu’on évolue dans un monde professionnel où l’on doit rendre des comptes. Et c’est normal. Sur un rendez-vous des Barbarians, on demande simplement aux joueurs de prendre du plaisir ensemble et de défendre le maillot. Les Barbarians, c’est la générosité même. Et c’est pour moi extraordinaire…


Vous avez été sélectionné plusieurs fois avec les Barbarians britanniques. Quel souvenir en gardez-vous ?


Ce qui est assez étonnant paradoxalement, c’est que j’ai connu une dizaine de sélections avec les Barbarians britanniques. Elle venaient sur des fenêtre internationales moins prenantes. C’était un privilège de pouvoir côtoyer sur quatre-vingt minutes des joueurs de classe internationale. Des joueurs du calibre de Josh Kronfeld, John Eales, Martin Johnson, des gars comme ça… C’était incroyable. Avec toujours cette idée de partage.


Pour revenir au match, comment arrive-t-on à former l’unité d’une équipe en trois jours ?


J’ai réfléchi à la question et j’ai été aidé en ce sens par Thomas Lombard et Denis Charvet. La sélection des joueurs est un processus très intéressant parce qu’il faut aller très vite. Nous vivons tout en accéléré ! En l’espace de trois jours, créer un état d’esprit, une dynamique, c’est un challenge à la fois difficile et excitant. En ce sens, je pense que nous allons être aidés aussi par les joueurs d’expérience qui vont composer l’équipe. Il va nous falloir trouver un équilibre entre le côté « plaisir de l’aventure » et l’alchimie à trouver pour, en même temps, donner quelques repères communs. Après, j’ai bien compris que Denis Charvet tient absolument à ce que l’on joue à toucher sur les deux séances du mardi et du mercredi matin ! Et qu’il veut en être le leader, même le leader incontesté ! (rires) Il est interdit de déroger à cette règle. Pour le reste, nous allons voir ce que l’on peut faire…


Sur quels domaines allez-vous insister ? L’envie plus que la tactique ?


Bien sûr. Je pense que c’est ce qui fait aussi la magie de ces rendez-vous : nous allons orienter toute notre préparation sur l’état d’esprit, sur le plaisir de se retrouver et de combattre ensemble. Et ce plaisir va être décuplé par le fait d’affronter une équipe de très haut niveau. Et dans un joli stade…


A Bordeaux, devant le meilleur public de France ?


Évidemment, c’est tout un savoir faire… (Rires)


Est-ce que l’idée d’entraîner les Barbarians ne renvoie pas à l’idée d’un 16ème homme ? Un meneur, comme dans le rugby d’antan ?


Je suis partagé sur la question. Il y aura parmi la sélection un savant mélange de joueurs reconnus à l’international et de jeunes joueurs avec un vrai potentiel d’avenir. Dans cette idée-là, le plaisir que trouveront les joueurs et le plaisir que j’aurai à les accompagner, ce sera aussi de leur faire prendre conscience qu’il y a un intérêt très particulier derrière tout cela : c’est aussi une formidable occasion peur eux de se révéler au grand public. A défaut de grands plans stratégiques, c’est ce que je vais m’employer à leur faire comprendre. Essayer de leur transmettre la flamme afin qu’ils se mettent en valeur, qu’ils puissent exprimer au mieux leurs qualités. Qu’ils aient cette liberté d’entreprendre sur le terrain, valeur chère aux Barbarians.


Petite parenthèse, vous êtes du genre strict sur les soirées ou plutôt compréhensif ?


J’ai entendu parler des fêtes Barbarians. Là-dessus, je serai le premier à partager avec eux. Et comme sur le terrain, je compte bien laisser les acteurs s’exprimer… (Rires)


C’est tout le paradoxe des Barbarians, un rugby qui se veut sans contraintes, mais où il faut quand même gagner…


Nous sommes tous des compétiteurs, moi le premier. Quand on m’a sollicité, j’ai quand même demandé si gagner était une option. On m’a répondu que c’était plus qu’une option, mais qu’il fallait gagner en jouant les coups, en se faisant plaisir. Cet aspect-là n’est pas négociable et cela me plaît beaucoup. Nous avons tous la victoire dans un coin de la tête. Après, l’Australie reste une très grande nation, il faut avant tout que ce match suscite de l’intérêt, révèle de nouvelles têtes et apporte de la joie dans les tribunes.


L’Australie, quels souvenirs en gardez-vous avec l’équipe de France ?


Un souvenir de matchs de très haut niveau. De combat stratégique. L’Australie, pour moi, est l’archétype de l’équipe structurée, hyper organisée, avec un rugby recherché. J’ai été profondément marqué par le parcours de l’équipe d’Australie en 1999. C’était déjà les prémices de ce rugby moderne tourné vers la structure et l’organisation, qui privilégie aussi le jeu rapide, dynamique. Scientifique aussi, un peu trop d’ailleurs à mon goût, c’est parfois trop prévisible. Mais il est quand même avant gardiste : ce sont des pionniers dans le jeu offensif, dans la recherche des espaces. Je crois que beaucoup d’équipes se sont inspirées de leur culture.


nous suivre sur
|
inscription à la newsletter
|